C’est le moment de collecter vos histoires, poèmes et souvenirs savoureux.
Plantation, récolte, cuisine, repas partagés : les pommes sous toutes ses formes sont le prétexte à partager !
Photos, mots, textes, dessins… votre participation sera publiée sur une page dédiée de notre site internet.
Pour la Maison de l’Environnement Vagabonde – Agglomération Paris-Vallée de la Marne.
Pommier, c’est mon nom de naissance, celui que j’ai gardé quand je me suis mariée. Un nom enraciné et qui porte ses fruits.
Mon père en était fier. « Pommier, comme l’arbre avec deux M » répondait-il à qui lui demandait de se nommer.Je me surprends à l’imiter. « Comme l’arbre ,avec deux M » …
Il en plaisantait : « Je suis l’arbre, vous êtes les fruits et vos enfants seront des pépins « . Il eut trois fruits.
Les trois pommes, pommettes ,pommes d’api, les p’tites pommes, les surnoms ne manquaient pas ; les Pompom Sisters du nom du groupe de rock que nous formions sur la plage en grattant nos raquettes de badminton en guise de guitares.
Trois pommes qui eurent à leur tour sept pépins.
Ma petite fille a un prénom d’arbre. Willow, le saule, parfois un peu trop pleureur.
Nos câlins tiennent de la sylvothérapie. Et comme son nom est anglais, je suis tout naturellement devenue Granny. Comme la Granny Smith, plutôt douce, mais dont l’acidité peut aussi faire grincer les dents. Willow sait déjà qu’ » une pomme le matin éloigne le médecin « , et chaque jour, un fruit du pommier s’invite à ma table.
Une pomme, c’est beau. Peu de fruits offrent autant de nuances colorées et ces rondeurs parfaites. Eve et Blanche- Neige se sont laissées séduire.
En Septembre, ma maîtresse prononçait la phrase magique « Demain, vous apportez une pomme « . La classe prenait un air de fête. C’était la leçon de choses. Les pommes étaient coupées en long, en large, on étudiait tout : les alvéoles, les fameux pépins, les cordons nourriciers, la chair et la peau. La leçon s’achevait en croquant avec délice tous les petits morceaux épargnés. A mon tour, j’ai joué tous les ans avec mes élèves à la leçon de choses sur la pomme, juste pour le plaisir . Les enfants n’ont pas changé, les pommes les émerveillent toujours.
Une pomme, c’est décoratif . Sur ma table, une coupe dorée les rassemble, astiquées et brillantes comme une céramique de Luca Della Robbia en vrai. La nature est artiste.
En septembre, quand le soleil est encore clément, les grandes promenades dans la campagne briarde offrent leurs cueillettes fruitées : mûres, noix, prunelles et parfois, bonne pioche, un verger. Les arbres n’en peuvent plus de la lourdeur des fruits. Les branches sont à la peine et tout autour du tronc l’herbe verte est constellée des boules rouges, jaunes qui ont fait le grand saut.
Parfois, surprise, les arbres proches des clôtures ont laissé échapper leurs fruits sur le chemin. Le sac à dos est vite rempli et c’est pesamment qu’on rejoint la voiture. Mieux vaut devenir glaneuse quand la randonnée touche à sa fin.
Au retour, c’est la fête du couteau. Pour détacher la peau terreuse, évider avec la pointe, d’un geste circulaire précis, la chair meurtrie et déloger les petits habitants qui pensaient avoir trouvé pour longtemps le gîte et le couvert.
Puis chaque morceau trouve sa destinée : fondu dans la pâte du clafoutis, disposé délicatement en rosace sur la compote de la tarte, rôti dans la poêle du boudin blanc ou tout simplement cuit au four avec un peu d’eau jusqu’à ce que le sucre naturel du fruit devienne caramel embaumant tout l’espace d’un parfum goûteux. Lovée douillettement dans les coussins du canapé, je laisse en rêvassant tourner les heures dans ma maison – refuge .
Mela, la pomme de mon grand- père italien, Abelio l’arbre sacré des celtes. Mela Abelio. Joli pseudonyme pour une écrivaine
ça sera ma signature.
MELA ABELIO
Avec Philippe Descola et son initiation au nijiamanch, dans Les Lances du crépuscule, pages 50-51, choisi par Vincent
Avec Francis Ponge, « La Pomme de terre » choisi par Roberte
Avec André Gide et Les Nourritures terrestres, choisi par Sylvie
Merci Parmentier !
Il me semble que c’est toi qui a introduit la pomme de terre en France ?
Elle venait, je crois, d’Amérique.
C’est là un beau cadeau que ce pays nous a fait.
Un plat de frites : quoi de mieux pour la convivialité ?
C’est tellement bon qu’on en mange tant et plus.
S’ensuit une certaine lourdeur d’estomac, assortie à une tendance à s’assoupir.
C’est là que le maître de maison montre son hospitalité en proposant aux invités de rester dormir.
Joseph
Je n’ai jamais vu de baraque à frites, sauf dans les films.
Je ne sais pas si celles et ceux qui font la queue tentent ou non de truander ; si, du coup, monte un moment de colère.
Ce dont je rêve, c’est d’y aller au moins une fois dans ma vie, avec des camarades. Se la jouer, comité central qui débarque sur la place. Et puis, celle qui habite tout près, nous inviterait, et nous débarquerions cornets de frites, brandis comme un salut.
Serge
Je suis invitée ce soir à un barbecue.
En robe des champs ou en princesse, chez Amandine.
Les Saucisses seront là, à moitié nues,
Et aussi les Merguez, et les Pommes Dauphine.
Les Côtes de bœuf ne viendront pas cette fois-ci.
La dernière fois, la moitié était restée.
Après, elles s’étaient plaintes d’un certain ennui.
Pas grave, les Côtes d’agneau vont les remplacer.
Je suis tellement excitée par cette soirée.
Il y aura des jeux, des surprises, et des chants.
D’autres patates étrangères ont été conviées.
Peut-être trouverai-je mon Prince Charmant ?
Entre pommes de terre de bonne consommation,
Nous engagerons une conversation.
Sur la braise, des liens se créent…
Et quand tous deux, nous serons prêts,
Pourrons-nous parler d’avenir?
Je ne vais pas en revenir…
Yse Nelsen
La nuit va tomber. Les jours ont déjà commencé à raccourcir et l’air se sature d’humidité dès que le soleil se couche. Pourvu que l’hiver ne soit pas trop glacial. Où vais-je dormir ce soir ?
J’arrive à la distribution. Au menu : soupe de légumes, pain et fromage, comme tous les soirs en ce moment. Le midi, ça change, mais le soir, c’est toujours pareil. Je m’attable à côté d’une femme que je n’ai jamais vue auparavant. Sans même lever le nez de son assiette, elle me lance : « J’aurais préféré manger des pommes de terre. » Voyant que je ne réponds pas, elle tourne la tête vers moi, légèrement mais suffisamment pour que je vois le filet de soupe qui coule sur son menton. Et elle ajoute : « Les patates c’est la vie ! »
Je la regarde. J’ai un peu pitié d’elle et pourtant, je suis là moi aussi. Oui, je suis là moi aussi. Et je m’entends lui répondre : « C’est vrai, vous avez raison, les frites, y’a qu’ça d’vrai ! Ils en servent parfois ici le midi, faut juste tomber au bon moment. »
Elle enfourne tour à tour des morceaux de miche et de gruyère. Elle mange goulûment comme si elle n’avait rien avalé depuis des jours. C’est peut-être le cas. Et entre deux bouchées, je la vois sourire. Alors, je souris aussi. Elle croit sans doute que je lui souris à elle, mais en réalité c’est surtout à moi-même que je souris. C’est ça aussi la distribution, il n’y a peut-être pas toujours de pommes de terre, mais il y a la convivialité. Il y a ces instants éphémères mais précieux, ces instants de vie, de chaleur, d’humanité. Et ça, ça nourrit au moins autant qu’un cornet de frites.
Dominique
Oh pomme de terre, oh patate !
qu’importe ton nom, tu m’épates
moche et sale sitôt ramassée
délicieuse, quand tu es cuisinée
tu m’as suivie tout au long de ma vie
tu m’as donné un plaisir infini
nature, tu as apaisé ma faim
duchesse tu es devenue festin
tous ceux que j’aime t’ont aussi aimée
je garde en bouche le très bon goût
muscade, crème, bref parfait en tout
d’une purée tendrement préparée
celle de ma mère, repas du mardi
Rien que pour moi son enfant chéri
mon fils aussi est devenu le roi
d’un plat parfumé et généreux
qui déguste chaud, rend les gens heureux
et que l’on nomme gratin dauphinois
las, je ne suis pas Ronsard j’en ai peur
mais je tenais à vous faire honneur
car grâce à vous charlottes, rattes
oui tous les jours moi j’ai la patate !
Roberte
Il y a la mémoire qui flanche
Il y a des rires dans la cuisine
Il y a des moments précieux à partager entre amis.
Mélanie
C’est le jour des frites à la maison et tout le monde se met à éplucher autour de la grande table en bois. Petits et grands, tous ont la même dextérité et ça piaille, ça raconte les journées d’école, les anecdotes des collègues, les potins du voisinage. Les absents sont présents par la voix des autres, ça s’inquiète des malades, des vieux. Ce moment ne dure pas si longtemps. Quand les pommes de terre sont épluchées, tout le monde s’éparpille à nouveau, jusqu’au moment où le père dit : c’est prêt ! Et alors, là, plus un bruit, ça déguste !
Joëlle